Hérédité & Cancer

Hérédité & Cancer

Cancer familial ou d’origine génétique ?

Il convient de différencier les cancers de forme familiale et les cancers d’origine génétique.

L’histoire familiale

De nombreux cancers s’inscrivent dans une histoire familiale, c’est-à-dire au sein de familles ayant été touchées à plusieurs reprises par la maladie, (y compris parfois sur le même organe). Dans la majorité des cas, c’est le fruit du hasard ou d’une association de facteurs qui n’ont en commun que les membres de la famille touchés : l’exposition à un même environnement ou un mode de vie similaire occasionnant un risque accru de cancer. Dans ces familles, la mutation génétique n’est pas à l’origine des cancers.

La prédisposition génétique

5 à 10% des cancers, notamment pour les seins et les ovaires, sont d’origine génétique  (c’est-à-dire qu’un cancer du sein sur 20 est lié à l’hérédité). Pour ces femmes, une modification sur un gène (mutation) prédispose à déclarer la maladie. Il ne s’agit pas d’une altération génétique survenue pendant la vie, la mutation est présente dès la naissance dans toutes les cellules de l’organisme et elle peut se transmettre de génération en génération.

Ce n’est pas le cancer qui est héréditaire, mais la mutation génétique en elle-même et le risque qui l’accompagne. Le porteur d’une mutation génétique, homme ou femme, a un risque sur deux de la transmettre à chacun de ses enfants.

Les personnes de la famille qui n’ont pas la mutation génétique, ne présentent pas de risque accru de développer un cancer.


Mutations génétiques, les chiffres-clés en France


  • Sur l’ensemble de la population, hommes et femmes 1 personne sur 500, est porteuse d’une mutation BRCA1 ou BRCA2.
  • Ce sont donc 60.000 femmes qui sont concernées (en France, tous âges confondus). Mais 120.000 femmes seraient prédisposées aux cancers du sein et/ou des ovaires, avec d’autres mutations génétiques non encore connues, et devraient bénéficier d’un suivi rapproché.
  • Parmi elles, on estime qu’environ 30.000 femmes de 30 à 70 ans, donc potentiellement concernées par le suivi spécifique à haut risque de cancers du sein et des ovaires, sont porteuses d’une mutation BRCA. Un chiffre qui pourrait significativement augmentée grâce au dépistage, notamment sur BRCA2.
  • Pourtant, en 2014, l’INCa recensait, seulement 20.737 personnes porteuses d’une mutation BRCA en France. Dans une famille à risque, tout le monde ne choisit pas forcément d’être dépisté. Les professionnels de santé cherchent ainsi de plus en plus à encourager la communication au sein des familles pour qu’elles puissent échanger sur la présence d’une mutation génétique.
  • S’ajoutaient, toujours en 2014, plus de 10.000 porteurs d’autres mutations génétiques prédisposent à des cancers (7.405 personnes porteuses d’une mutation MMR ou EPCAM ; 2.565 personnes porteuses d’une mutation APC et 509 personnes porteuses de mutations bi-alléliques du gène MUTYH).
  • 5 à 10% des cancers seraient liés à une mutation génétique dite "constitutionnelle" : c’est à dire transmise de la génération précédente (non induite par des facteurs environnementaux) et transmissible à la génération future.
  • 30 à 40% des cancers du sein ou des ovaires d’origine génétique sont dus à des mutations sur BRCA1 ou BRCA2.
  • 15% des femmes porteuses d’une mutation BRCA choisissent la chirurgie mammaire prophylactique en France, contre 80% aux Etats-Unis. Nous sommes l’un des pays occidentaux où ce choix est le moins représenté.

Pour 30 à 40% des cancers des seins et/ou des ovaires d’origine génétique, la cause est une mutation sur des gènes appelés BRCA (pour BReast CAncer). On en connait pour le moment deux, que l’on appelle BRCA1 et BRCA2.
Plus de 400 mutations génétiques ont été identifiées comme délétères (nocives) : elles prédisposent au développement d’un cancer. On estime que 2 femmes sur 1000 sont porteuses d’une mutation BRCA1 ou BRCA2.

  • Le risque de cancer du sein avant 70 ans est alors de 40 à 85 % (10 % dans la population générale).
  • Le risque de cancer de l’ovaire avant 70 ans s’élève entre 10 à 63 % (1 % dans la population générale).

Le risque est différent selon le gène touché :

  • BRCA1, risque de :
    • Cancer du sein : 65 %,
    • Cancer de l’ovaire : 45 %
    • Risque de cancer avant 45 ans lorsque BRCA1 est muté :
      • Cancer du sein : 25 %
      • Cancer de l’ovaire : 10 %
  • BRCA2, risque de :
    • Cancer du sein : 45 %
    • Cancer de l’ovaire : 11 %
    • Risque de cancer avant 45 ans lorsque BRCA2 est muté :
      • Cancer du sein : 7 %
      • Cancer de l’ovaire : 1 %


Chez les hommes ?

Chez les hommes, on retrouve une mutation BRCA1 ou BRCA2 dans 4 à 40% des cancers du sein. Ces mutations prédisposent également au cancer de la prostate : une mutation délétère sur BRCA2 multiplie par vingt-trois le risque de cancer de la prostate.

Formes familiales de cancers

  • Cancers familiaux fréquents :
    • 5 à 10% des cancers du sein et de l’ovaire et 3% des cancers colorectaux (tumeurs du côlon et du rectum) sont d’origine génétique.
    • 10% des cancers de la prostate apparaissent dans un contexte familial.
    • 10% des mélanomes sont liés à une prédisposition génétique.
  • Cancers de forme familiale rares : Le rétinoblastome (cancer de l’enfant lié à une mutation génétique), certains cancers du rein sont liés à une prédisposition génétique, tout comme des néoplasies endocriniennes. Des maladies héréditaires peuvent être le départ de cancers : la polypose colique familiale ou encore l’ataxie-télangiectasie.

Les effets des mutations BRCA (BRCA1 ou BRCA2) sont : la survenue de cancers du sein et des ovaires plus fréquentes et à un plus jeune âge que dans la population générale, une atteinte bilatérale fréquente et une plus grande agressivité du cancer le plus souvent (cancers dits "triples négatifs" appelés ainsi en raison de la faible expression des récepteurs hormonaux).