Témoignage - Margot

Publiée le 3 janvier à 6:41

Ma vie 2.0

Le jour où tout a basculé. J’avais 29 ans, un chéri aimant et une adorable fille de 17 mois. Des projets plein la tête. L’envie d’avoir une grande maison, de nous marier, d’avoir un deuxième enfant. Mais la peur a commencé à s’emparer de moi parce que quelques semaines auparavant j’avais commencé à avoir un écoulement au niveau de mon mamelon droit puis j’ai senti cette « boule ». Vite je prends rdv chez mon généraliste et tout s’accélère. Mammographie, échographie, biopsie. « Madame je n’ai pas mon microscope sous les yeux mais je peux déjà vous dire que c’est pas bon ». Les larmes, les insomnies. Puis le vendredi 13 juillet 2018 rdv avec la gynécologue de mon hôpital pour l’annonce de mon cancer du sein triple négatif stade 3. Fini les projets, la priorité survivre !

 

Les chimios commencent et je souffle mes 30 bougies. Tout le monde est là pour moi. Qui pourrait croire qu’on puisse fêter ses 30 ans dans de telles circonstances. Je peux le dire aujourd’hui, mon voeux ce jour là ça a été de pouvoir souffler mes 31 bougies. Continuer de serrer ma fille dans mes bras, la voir grandir.

On me dit souvent « quelle force tu as eu tout au long de ce combat ». Mais cette « force » ou plutôt cette énergie c’était simplement mon instinct de survie. Une envie viscérale de vivre, même si ça aurait été juste pour un jour de plus. Je ne pouvais pas me résigner, regarder ma fille dans ses yeux en me disant que je n’allais pas me battre chaque seconde pour rester près d’elle. C’était mon devoir de maman.

Puis le moment de faire des tests génétiques est arrivé, « parce que vous êtes très jeune ». Pourtant je n’ai aucun antécédent familial. Même les médecins n’y croyaient pas vraiment. Si je n’avais pas déclaré mon cancer du sein « si jeune » comme ils disent je pense qu’ils ne m’auraient jamais fait passer les tests. J’allais donc aux résultats plutôt sereine en me disant que c’était pas possible. Pourtant on m’annonce que je suis porteuse d’une mutation sur le gène BRCA1. Je suis sous le choc. Je pense à ma fille. Et si je lui avais transmis cette mutation ? Et si un jour elle aussi se retrouvait face à ce combat pour la vie « à cause de moi » ? La culpabilité m’envahit et un deuxième tsunami emporte ma famille. Je venais d’obtenir une réponse à la question « pourquoi moi ». Mais finalement cette question je ne me la posais pas. Par contre un flot de nouvelles questions venait de naître dans ma tête. Est-ce que je pourrais envisager un jour d’avoir un deuxième enfant sachant cela ?

Mais pour l’instant mon combat n’est pas fini. La semaine suivante mon opération était programmée et compte tenu de ces derniers résultats mon chirurgien me propose une double mastectomie. Il faut prendre vite une décision. Je n’ai pas trop le temps de réaliser les conséquences de celle-ci mais j’accepte. Je ne veux plus avoir à revivre ça. Je ne regrette pas mais j’aurais peut-être aimé avoir le temps de mieux me préparer. Qu’on me dise que je vais perdre toute sensibilité au niveau du mamelon, que je ne pourrai plus jamais allaiter, que malgré toutes les chirurgies esthétiques du monde je ne reconnaîtrai pas mon sein au réveil.

Mon onco-généticienne m’avait conseillé de garder l’information de cette mutation pour moi et de ne pas la divulguer. J’entendais ce qu’elle me disait mais je ne comprenais pas vraiment. Est-ce que je devais avoir honte de cet héritage ? Le poids de ce « secret » me pesait et je pense que d’en parler me permet au contraire de me libérer.

Paradoxalement dans mon combat je me suis souvent sentie seule alors que mes proches étaient très présents. Je m’interdisais d’aller sur internet car lire les mots « cancer agressif » et « récidive » me donnait des sueurs froides. Et puis un jour j’ai ouvert un compte Instagram. J’y ai trouvé beaucoup de bienveillance et pouvoir échanger avec des gens ayant vécu la même chose que moi me faisait sentir moins seule.

Aujourd’hui les traitements sont finis. Je sais que j’ai eu beaucoup de chance finalement. Des proches très présents et des traitements qui fonctionnent. Pourtant je ne réalise pas que je suis en rémission, je n’ose pas y croire tellement j’ai peur que le cancer refasse son apparition dans ma vie. Mais il faut avancer. Remercier ceux qui nous ont soutenus, aider ceux qui entrent en combat. Accepter que l’ancien moi n’existe plus, faire de ce nouveau moi une version meilleure. Sourire à la vie et profiter de chaque instant qui m’est offert. Témoigner, partager, échanger, aimer.