Témoignage de Laura

Publiée le 15 novembre à 3:52

Je m'appelle Laura, j'ai 30 ans et je suis porteuse de la mutation BRCA2.

J'ai eu une mastectomie bilatérale prophylactique le 02 octobre 2020 et j'ai choisi de ne pas faire de reconstruction, en tout cas, pas chirurgicale.

Dès le début de mes démarches pour savoir si j'étais porteuse du gène, je savais que je voulais me faire opérer, mais je ne savais pas encore ce qui m'attendait et qui j'allais devenir.

Le 6 septembre 2019, j'apprenais donc que j'avais, tout comme une de mes sœurs et ma mère, la mutation BRCA2. Ce foutu gène qui peut semer le chaos dans une vie. Même quand on est préparé, comme je l'étais, l'annonce a fait l'effet d'une vraie bombe. Il a fallu digérer la nouvelle et très vite en faire quelque chose.

Alors je suis rentrée dans un programme que me proposait le médecin du Centre Jean Perrin à Clermont-Ferrand. Très vite, j'ai pris la décision de ne pas faire de reconstruction. Je faisais déjà le deuil de mes seins, je n'en voulais pas d'autres. Il faut dire que je ne les aimais déjà pas beaucoup, mais là je les aimais encore moins. Ils ne représentaient plus rien de féminin pour moi, ils ne représentaient plus que la maladie et la mort.

Alors, j'en ai parlé à l'équipe médicale, au psychiatre du service, à ma chirurgienne. Ma décision était prise, je ne voulais pas de reconstruction, en tout cas, pas celles qu'on me proposait. Je souhaitais rester plate, mais pas seulement, je me voyais déjà le torse nu, uniquement habillé par un tatouage.

Alors voilà, on y était, les mots étaient posés, la chirurgienne était au courant et j'ai eu la chance d'avoir immédiatement son soutien. Il faut dire que nous sommes, elle et moi, de la même génération et qu'elle n'a émis aucune réserve sur ma décision qui a été affirmée à plusieurs reprises.

L'opération s'est très bien passée et je ne regrette aucunement mon choix. Oui je n'ai plus de seins, oui parfois je me dis que ce sera difficile de laisser une femme à nouveau me regarder, parce que j'aime aussi les femmes pour leurs jolies poitrines. Mais cette opération, aussi récente soit-elle, m'a déjà profondément changée. Je me regarde alors que je ne me regardais plus, et mon torse barré par ces deux immenses cicatrices me rappelle que je suis forte, que finalement, même sans le cancer, c'était quand même un combat et ça l'est toujours.

Mon corps n'est plus représenté, je n'ai encore parlé avec personne qui avait fait le choix de la non-reconstruction en prophylactique alors je vais essayer d'être celle qui m'a manqué ces derniers mois, du mieux que je peux.