Témoignage de Valérie

Publiée le 17 novembre à 10:20

À 30 ans, je rencontre un nouveau gynécologue pour le renouvellement de ma pilule. De manière insouciante, je lui indique que ma grand-mère maternelle, ma tante maternelle ont eu un cancer du sein. Il me répond illico : on va mettre en place un suivi régulier de vos seins, une mammographie tous les 2 ans.

Je me souviens encore. Je sors de la cabine de la mammographie..... et je découvre, hallucinée, que tous les clichés pris ont été exposés. Dr X disait à ses "stagiaires".... « Bon, là, vous voyez, nous avons une poitrine très très dense avec une glande mammaire importante. On ne voit quasiment rien. Un suivi très régulier sera nécessaire. »

4 ans après cette alerte du corps médical (mais qui, chez moi, n'avait provoqué aucune peur), ma mère a un cancer du sein.

À 40 ans, je change de gynécologue. Je la revois encore assise face à moi, pour me redire encore une énième fois que je suis un "fort potentiel cancer". Elle m'impose d'appeler l'hôpital pour la réalisation d'un test génétique. "Vous allez avoir un cancer du sein". Et je suis incapable de vous dire pourquoi, mais je prends cela avec beaucoup de recul. Insouciance ou déni, je ne sais que choisir.

L'hôpital refuse de réaliser le test. Car je n'ai pas de cancer. Et je ne me bataille pas du tout pour réaliser ce test. J'ai envie de ma bulle.

S'en suis des mammographies tous les ans et échographie de mes ovaires et utérus.

Puis un jour, à 45 ans, j'ai mal aux seins. Les 2. J'ai vraiment mal, pas de déformation, pas de tumeur, rien. Je vais voir ma gynéco. Elle me dit "c'est la pré-ménopause..." J'attends 2 mois. Et un matin, je me dis "ce n'est pas ça", c'est autre chose. Et je prends l'initiative de faire une mammographie (comme quoi, on peut être un peu naïve mais intelligente.  Et là, le verdict tombe, j'ai un cancer stade précoce qui oblige néanmoins une mastectomie avec reconstruction immédiate du sein gauche. Ce "malin" avait envahi tout le sein de petites bombes prêtes à exploser.

L'hôpital me fait un test génétique. Avec la recherche des antécédents, on apprend que mon arrière-grand-mère maternelle est décédée d'un cancer du sein. Aussi, nous sommes dans une parfaite lignée maternelle. Au bout de 4 mois,  le généticien, gêné, m'annonce que le test est négatif, mais qu'il y a surement un autre gène endommagé non identifié. Les tests génétiques ne détectent pas 100% des mutations et certaines mutations impliquées dans la prédisposition héréditaire au cancer ne sont pas encore connues.

Le sein droit, sur ma demande, a également été enlevé et remplacé par une prothèse. J'ai compris en comparant les analyses qu'il commençait à souffrir.  Et, bon, là, je ne pouvais plus nier l'important risque lié à mon patrimoine génétique.

Ma poitrine est désormais parée de 2 seins en cours de réalisation. Une double reconstruction n'est pas simple, surtout lorsqu'elle n'a pas été entièrement préventive. Cette "parenthèse" m'a poussé à aider.  En hommage à ma tante, et à toutes ces femmes qui ont honte de leur corps "transformé" suite à un cancer du sein, j'ai créé un blog www.la-beaute-invisible-du-sein.fr où je montre mon parcours, et mon corps dans son évolution. Je donne du sens aussi à certaines étapes psychologiques de façon à ce que la résilience soit plus facile.

Pour finir, soyons fière de nous, de notre corps, tel qu'il est. Nous sommes TOUTES belles. Les hommes roses également.

PS : À ce jour, je n'ai pas fait retiré mes ovaires, ni l'utérus. J'attends ma ménopause pour le faire. Et d'être prête psychologiquement et physiquement. N'en déplaise à ma gynéco 😉

Valérie.


@esteelauderpinkribbonaward   /  @la.beaute.invisible.du.sein